Je continue ma découverte de jeux injustement boudés par le public. Quoique celui là n'a pas eu vraiment le choix: quelques jours après sa mise en vente sur le territoire français, la bien pensante
association Familles de France l'a fait retiré.
On y incarne un amnésique (encore? putain!) qui se réveille la tête enturbannée dans un asile psychiatrique glauque après un accident de voiture. On tente au début de décrypter les paroles de la
faune locale, quand celle ci veut bien parler au lieu de se taper la tête contre le mur appuyé d'un "bonk bonk bonk" régulier et maculant le mur de sang.
"bonk bonk bonk"
A partir de là on va se balader dans l'esprit torturé du personnage principal, Max, où chaque chapitre du jeu représente des évènements qui ont marqué au fer rouge son cerveau. Entre la mort
de sa soeur, ses fantasmes de puissance, la découverte d'un antidote ou encore ses rêves d'aventures, chaque épisode est un moyen de retrouver peu à peu sa mémoire, et d'accepter un passé parfois
peu reluisant.
A ce titre, le jeu fait de nombreuses références psychologiques et philosophiques, et les connaisseurs feront rapidement le rapprochement avec des auteurs d'ouvrages reconnus, tels que Nietzsche,
Freud ou encore Schopenhauer, les références étant parfaitement intégrées dans ce scénario tortureux et au symbolisme très fort. A ce titre le scénario et sa mise en scène est une vraie réussite,
ponctuée par de courtes cinématiques qui accentuent la dramaturgie du titre.
Un classique de l'horreur
Quant au système de jeu en lui-même, il s'agit d'un "
point'n'click" aux graphismes datés (1998, ce qui en fait un vieux jeu, tout va très
vite dans ce média), mais qui malgré tout fourmillent de détails forçant l'immersion et accompagnés d'une musique discrète mais qui participe à cette ambiance inquiétante.
L'ambiance pourrait faire penser à "De l'autre côté du miroir" vu par Cronenberg, avec ses chairs déformées, ses situations glauques et ses dialogues parfois orduriers.
Ce n'est donc pas un jeu à mettre entre toutes les mains même si l'horreur est plus souvent suggérée que démonstrative.
Ah oui, j'ai beaucoup aimé, un jeu qui dépasse le simple cadre du divertissement ludique pour offrir une réflexion qui renvoie à nos propres interrogations. Oh, et puis arriver à combiner divinités
aztèques, plants de citrouilles et invasion insectoïde, ça tient du tour de force.